Nathalie Garel
| Mute alors ! Ces transformations qui font de nous des mutants
Directrice du Développement Commercial chez Insign
le 31 Mai 2018
Flex or not flex ? That is a (big) question !

Qui a lu « L’open space m’a tuer » ?

Le livre sort en 2009, en voici le résumé: “Ils ont fait de bonnes études, occupent des postes à responsabilités dans des entreprises prestigieuses, auront demain les clés de l'économie française et pourtant, les jeunes cadres sont au bord de l'explosion. (…) Dans des saynètes truculentes, on découvre les souffrances et les désillusions de la génération open space. Jusqu'à présent, elle continuait à faire bonne figure. Avec ce livre, elle décide d'ôter le masque »

 

Avant, il y avait le travail dans des espaces normés, relativement impersonnels, fonctionnels avant tout. La question n’était pas de vivre dedans mais d’y travailler.

Vivre commençait après le travail. Mais ça c’était avant.

 

Les nouveaux espaces de vie au travail

 

Aujourd’hui on vit au travail, et l’espace de travail devient un espace de vie plus personnel, adaptable, configurable: meubles à roulettes, quiet rooms, salles de réunions courtes, creative spaces, war room, espaces dédiés aux projets etc.

On voit les entreprises évoluer, pratiquer le « hors murs », les journées détox, les ateliers collaboratifs, les séminaires créatifs au vert, les espaces de co-working dans lesquels les prestataires accueillent leurs clients et réciproquement.

Dans quelle mesure a -t-on vraiment le choix ? Notre vie professionnelle dirige l’ensemble de notre organisation comme un système totalitaire avec lequel tout le reste doit s’interfacer.

Beaucoup d’entre nous passent plus de temps au boulot qu’à la maison (qui n’a pas fait ses courses au travail ?) …mais est-on plus productif parce que son espace de travail devient plus adaptable ?

Se sent-on au boulot comme chez soi alors même que la notion de « centre », de base, de zone stable, sécure, a tendance à disparaitre ?

 

Bienvenue dans le flex !

 

Avec toutes les visions et interprétations que l’on peut en avoir.

Factuellement, le flex-office est le fait de ne pas avoir de bureau fixe et attitré au sein de ses locaux.

Il optimise ainsi l’allocation d’espace de travail selon le temps d’occupation de ces espaces par les personnes mobiles ou sédentaires.

 

Mais évidemment on ne peut pas limiter le flex à la seule règle d’occupation des lieux.

 

Flex is complex

 

Le flex permet aussi de former des groupes de travail par projet, de rencontrer ou de mieux connaître des collaborateurs, de s'organiser par affinité.

Par la mise en commun de différentes compétences, il booste les énergies et crée une véritable synergie où naissent de nouvelles idées, et la faculté collective de résoudre plus rapidement les contraintes.

 

A l’inverse, la disparition d’un espace de travail personnel attribué perturbe la récupération et la concentration.

Privé d’intimité, le travailleur a le sentiment que son espace vital s’étroitise, qu’il est privé de repères et obligé sans cesse de se ré-adapter : personnes fatiguées, arrêts, manque de pêche, ralentissement des corps et des neurones

 

Un effet pervers est aussi le désinvestissement du lien avec les collègues, car en changeant de place souvent, on aura tendance à prioriser la productivité et moins la conversation, aussi professionnelle soit-elle.

 

A force d’être posé n’importe où on a le sentiment de n’être nulle part. Symboliquement on n’a plus de place dans l’entreprise avec les conséquences psychologiques qu’une perte d’identité et d’appartenance peuvent induire.

 

Pour l’entreprise les effets positifs sont précieux, mais les effets négatifs ont certainement un coût.

 

L’Homo-flexibus, nouvelle espèce ?

 

Alors, créativité ou dépersonnalisation de l’espace de travail ?

Emulation en faveur de l’innovation? ou perte de liens forts avec son environnement ?

Revitalisation, ré-énergisation, attrait du cosmopolitisme?

ou condamnation à se ré-adapter sans cesse, repli sur soi et usure?

 

L’organisation du travail a un impact sur la création de valeur, comment choisir son organisation?

 

Le flex est complexe car il relève fondamentalement de l’anthropologie.

 

Il bouscule le rapport de l’homme au travail, la façon dont il le vit ; le flex mélange la sphère privée et professionnelle, supprime les barrières spacio-temporelles, est une rupture profonde dans les échanges entre ses adeptes et ses « anti ». Il a un impact sur notre vision du monde, nos croyances, notre anatomie.

 

Selon son histoire, son profil, sa mission, son caractère, sa génération, sa capacité à pouvoir - à savoir - gérer l’adaptation permanente, n’est pas homo-flexibus qui veut.

L’espèce humaine pourrait bien s’en trouver perturbée dans son évolution.

 

C’est justement parce le flex est une question ultra complexe qu’aucune entreprise ne saura jamais créer la flexibilité idéale des postes de travail.

 

T’as de biorythmes tu sais !

 

Pour une raison simple : toute personne est fondamentalement un être biologique, physiologique, pensant, UNIQUE. Chaque personne a son propre biorythme.

 

Il y a tellement de paramètres à prendre en compte si on veut réellement mettre en place une organisation flex efficace et épanouissante, productive et créatrice de valeur que forcément … on se plante ! Et la solution pour 30 personnes ne sera jamais celle qui conviendra à 300.

 

Le gros enjeu de l’organisation du travail de demain est donc la prise en compte des biorythmes.

Le biorythme d’un directeur commercial n’est pas le même que celui d’une responsable RH, ou qu’un développeur front.

 

Dans une boite de 300 personnes, s’il y a 70% de l’effectif concerné par l’organisation flexible, cela fait plus de 200 biorythmes différents, 200 cartographies de « vies au travail » avec leurs phases d’éveil, d’énergie, de récupération, de concentration, de potentiel sociable.

 

Comment ré-unir des personnes comme un tissu vivant organique, cellulaire à plusieurs échelles ? Comment satisfaire le besoin individuel, le besoin du collectif interne, le besoin collectif des éco- systèmes regroupant collaborateurs, partenaires, clients amenés à interagir ensemble ? L’idéal étant un alignement de planètes parfait entre l’expérience désirée et vécue du salarié et tout son éco-système.

 

 

Le flex : test & learn permanent

 

La flexibilité est un processus d’amélioration continue.

 

Ce qui était vrai il y a 6 mois n’est plus vrai aujourd’hui, mais pourrait l’être à nouveau demain, ça tombe bien la durée de vie s’allonge !

 

Si la flexibilité est une belle qualité, le don d’ubiquité - être partout et nulle part - n’est pas une caractéristique de l’espèce humaine.

 

Jusqu’à preuve du contraire nous sommes encore des humains, partis pour devenir d’heureux schizos à la vie comme au travail, en open mind plutôt qu’en open space !

 

 

Remerciements: pour avoir partagé avec moi leurs flexitudes et leurs flexidoutes, merci aux flex-hackers d’Insign @yvain jury, facilitateur agile, @jérémy gaudin UX strategist, @fabien marie digital project manager, @lucille jorland UX Designer, @heloise geoffroy chef de projet marketing, et @julie bernard DRH (sans oublier @franck luminier pour la justesse de ces images)

A découvrir: les idées de Patrick Georges (LinkedIn), Professeur en management, médecin neurochirurgien qui a beaucoup écrit sur les solutions pour faire progresser l'intelligence humaine, individuelle et collective.