Sébastien Desbenoit
| Les messages cachés de la communication
Analyste et Designer chez ThinkInnovation
le 24 Avril 2014
Le web, c'est du vent.
Assis dans mon canapé, je pose ma tablette et je soupire. Dans son article, un blogueur réputé me fait miroiter la découverte de la stratégie digitale customer centric 3.0. Après une première lecture, deux constats s'imposent :
  • Il dispose d'un savoir que je n'ai pas : pour être honnête, je n'ai pas compris la moitié de ses arguments ;
  • J'ai besoin d'un doliprane.
Cette année, le web a 25 ans. Ce "tout jeune" média évolue chaque seconde, et cela impose à qui veut s'impliquer de se former et de s'adapter en permanence. Mais dans cette quête du savoir et du savoir-faire, nous devons faire face à un véritable ennemi : l'enfumage (on utilise beaucoup le terme anglais "bullshit", qu'on peut traduire par "selle de taureau", signifiant à votre interlocuteur qu'il y va un peu fort en affabulations).
 
Enfumer, c'est maintenir ses lecteurs, ses clients ou ses collègues dans un brouillard de savoir flou, pour donner l'impression que l'on en sait plus qu'eux, pour en faire un moyen de pouvoir, ou un argument marketing.
 
Enfumer, c'est utiliser des acronymes, des expressions complexes, techniques, des termes anglophones ou des anglicismes, en lieu et place de choses simples. Cela sert surtout à ne pas avoir à expliquer le sens profond de ce que l'on dit.
 
Enfumer, c'est enfin utiliser, à bon escient ou pas, tous les néologismes possibles et imaginables afin de conserver au maximum une impression d'avoir un temps d'avance sur les autres. 
 
Alors, si je relis posément le titre de ma lecture : « stratégie digitale customer centric 3.0 », je me rends compte que ce n'est que du vent :
  • L'anglicisme digital est préféré à numérique car numérique semble désuet en langue française, même si "digital" est parfaitement incorrect dans ce sens ;
  • L'expression « customer centric » semble impressionnante, mais correspond uniquement au choix de penser sa stratégie autour des clients / consommateurs ;
  • Le « 3.0 », fourre-tout souvent mal compris et mal interprété, ajoute encore plus de flou à l'ensemble.
Cette nouvelle chronique, « Le web, c'est du vent » n'a qu'un seul objectif : vous permettre de détecter l'enfumage, en vous expliquant simplement et efficacement tous les termes « bullshit » utilisés dans le web.
 
Vous avez envie de faire toute la lumière sur un mot que vous entendez partout ? Faites-moi part des expressions, termes ou anglicismes flous dans les commentaires ou sur Twitter : @desbenoit : je les ajouterai à la liste des termes à chroniquer. 
 
[2]
Sébastien Desbenoit - le 24 Avril 2014 à 22:06
Merci Rudy ! Pour le digital, il y a débat :) je suis du côté de l'académie française ! http://www.academie-francaise.fr/digital
Rudy Rigot - le 24 Avril 2014 à 18:24

Ahah, excellente idée, je lis un peu trop de bullshit et de pseudo-abstrait à droite à gauche moi-même, et un peu plus de concret et d'idées qui font réellement avancer les choses seraient bienvenus ! :)

Sébastien, commissaire incontournable de la police du bullshit tech. :)

Note cela dit : le fait que "digital" soit une utilisation incorrecte du terme en français est un mythe, c'est bien 100% correct : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/digital/25502?q=digital#25383

Connectez vous pour ajouter un commentaire