Sébastien Desbenoit
| Les messages cachés de la communication
Analyste et Designer chez ThinkInnovation
le 24 Février 2015
« Je ne vous ai pas compris ! »

Vu de l’extérieur, toute personne qui travaille sur des dossiers relatifs au numérique¹ fait partie « des gens qui font du Web ». Ces « gens qui font du Web » sont spéciaux. Ils utilisent des mots que l’on ne comprend pas toujours. Ils rient à des blagues que l’on ne trouve pas forcément drôles. Bref, ils sont différents.

 

Pour être précis, ils forment une tribu². Ils débatent sur des sujets qu’eux seuls comprennent, utilisent leurs propres codes de reconnaissance et possèdent un vocabulaire complémentaire de la langue que nous employons tous les jours. Mais qu’est donc un « Digital Lolcats 3.0 » ?

 

Vu de l’intérieur, les « gens qui font du Web » sont également persuadés d’appartenir effectivement à une grande famille du Web. C’est beau ce monde « digital », c’est « collaboratif » et c’est « forward thinking³». Et ils ont raison. Volontairement ou non, les codes de reconnaissance et le langage s’assimilent au fur et à mesure des semaines passées sur le Web.

 

À force de se considérer comme les membres d’une seule et même tribu, celle des « gens qui font du Web », nous oublions que chacun a un métier. Chaque corps de métier possède ses codes de reconnaissance et son vocabulaire : il engendre une tribu.

 

Une « personne qui fait du Web » possède donc le code et le vocabulaire du Web en plus de ceux de son métier. Avec les autres personnes exerçant la même profession, il va former une nouvelle tribu, celle des personnes exerçant « ce » métier et qui « font du Web ».

 

En tant que personne « qui fait du Web », j’ai cru que nous avions tous un minimum de vocabulaire commun, que certains concepts étaient partagés par tout acteur du Web. C’est faux.

 

D’une part, l’évolution du Web engendre une modification constante de notre vocabulaire. Notre domaine de travail vit une évolution permanente. Un même mot peut voir sa définition changer en l’espace de deux ans. Chaque humain possède son propre rythme d’apprentissage. Certains vont garder pour référence la définition apprise durant leur formation, d’autre vont utiliser une version entendue deux semaines auparant lors d’une conférence. D’une personne à l’autre, les définitions changent.

 

D’autre part, chaque « personne qui fait du Web » possède également le langage propre à son corps de métier auquel il faut ajouter également le vocabulaire utilisé dans son environnement de travail et tous les autres champs lexicaux qui influencent notre manière de nous exprimer. Ce mélange des champs lexicaux amène également une modification du sens des mots.

 

À ces deux dynamiques, s’ajoute un mécanisme d’intégration où chacun essaye d’acquérir les bonnes expressions afin d’être reconnu comme un membre à part entière de sa tribu. Cette recherche entraîne une obligatoire approximation sur le sens des différents concepts : chaque personne diffuse sa propre définition des mots qu’il utilise.

 

Pour toutes ces raisons, dans la réalité des faits, les « gens qui font du Web » ne se comprennent pas. Quelqu’un qui travaille dans le marketing aura un vocabulaire totalement différent d’un développeur. Ces différences de vocabulaire engendrent l’impression d’entendre du vent, du bullshit. Ces incompréhensions créent tous les jours des fractures. Petit à petit, la tribu du Web se divise et s’éclate en une multitude de groupes.

 

La solution à cette division est simple. C’est une prise de conscience. Reconnaissons que nous ne parlons pas la même langue ; que nous n’avons pas les mêmes définitions pour les mêmes mots. Ne laissons passer aucune incompréhension. Demandons toujours plus d’explication pour comprendre réellement le travail des uns et des autres. En s’écoutant mieux, en se comprenant mieux, nous pourrons faire avancer notre travail et nos projets plus rapidement, plus sereinement et de façon plus qualitative. Et, comme effet secondaire, nous ferons progresser le Web ensemble.

 

« Les gens n'ont pas besoin de conseils. Ils ont besoin de compréhension » 

H. Jackson Brown, Jr. 

 

¹ : ou au digital

² : En utilisant la définition de Michel Maffesoli dans « Le temps des tribus: Le déclin de l’individualisme dans les sociétés postmodernes »

³ : Penser vers le futur 

 

 
[1]
faria lima - le 3 Mars 2015 à 12:12

Il est interessant cet article, il parle en effet de choses qui sont importantes - de partager les mêmes mots avec des gens du même domaine, mais qui ont des compétences différentes... en particulier quand le domaine évolue très rapidement. 

Néanmoins je n'ai pas compris si c'était du premier degré, second degré (ou troisième ?) ?

FL

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