Georges CHAPUIS
| Non mais t'es qui toi ?
Khmer rouge créatif
le 16 Juillet 2015
Valérie Lorentz-Poinsot veut aider les femmes, mais pas à dose homéopathique

 

Christophe chante « Le monde a les yeux d’Isabella Rossellini », mais, quand Valérie m’accueille en toute simplicité sur la passerelle de Boiron, il a les siens !

Ils sont de ce bleu indéfinissable donc mystérieux, couleur lac scandinave, dans la profondeur duquel même les poissons ont envie de se noyer irrémédiablement. Plouf.

Oui je l’avoue, je ne suis qu’un (vieil) homme et j'ai été d'emblée quelque peu troublé, je commençais d'ailleurs à la regarder avec des yeux de merlan frit quand un ange, qui ressemblait étrangement à Jacques Simonet, est heureusement passé par là, me rappelant à mes stricts devoirs de chroniqueur.

Ouf, je me suis immédiatement souvenu des préceptes de son livre, j’ai pris sur moi, réfléchi et posé ma première question en inspirant à fond.

 

Jules Renard a écrit : « Le talent c’est une question de quantité. Le talent ce n’est pas d’écrire une page, c’est d’en écrire trois cents », coupons court à ces propos périmés dans un monde où tout va toujours plus vite.

Si son livre « Wonder Women dites oui à vos pouvoirs » ne fait que 175 pages, elles se lisent d’un trait, goulûment, car elles sont denses, concises, précises. Pratico-pratiques comme elle dit. C’est cela le talent désormais : égayer sans délayer, faire court pour court-circuiter le banal et capter une attention ultra sollicitée.

Elle encourage les femmes à se bouger dans leur corps et dans leur tête, mais reste plus féminine que féministe et n’aime guère être taxée de ce mot qui résonne encore trop souvent comme une insulte, citant néanmoins Olympe de Gouges, la première d'entre elles, comme la femme l’ayant le plus marquée. Pour elle, les femmes ont une longueur d’avance pour créer autre chose que de la valeur financière pour l’entreprise : de la valeur humaine, émotionnelle, artistique, ludique.

 

Si j’étais une femme, ce serait sûrement mon livre de chevet, mais je n’ai pas achevé de me convaincre de changer de sexe, bien que je pense que le sexe fort ne soit pas celui que l’on croit.

Dans ce livre, elle se livre pas mal aussi, toujours avec élégance et pudeur.

On y apprend que Valérie enchaîne les formations, soigne son corps autant que son esprit, se nourrit d’ouvrages de management tout en surveillant son alimentation, a toujours soif d’apprendre et se source auprès d’autres femmes chefs d’entreprise.

Elle pratique aussi la méthode de Walt Disney, ce qui rend son dessein animé.

Si elle dévoile volontiers la démarche des petits pas du Kaizen dans laquelle je me suis pris les pieds, elle ne donnera à personne les coordonnées de sa nounou à qui elle délègue un max tout comme à sa précieuse assistante.

Sans parler de son mari, qui ne rechigne pas au partage des tâches, et conduisait le camping-car lors des 3 semaines de vacances aux États-Unis pendant qu’elle rédigeait, à l'arrière, le livre qui va lui permettre de faire un bond en avant.

 

 

INTERVIEW

 

Virginie Despentes, qui est loin d’être une faible femme, écrit : « Les femmes souffrent moins de ne pas avoir réussi ». C’est parce qu’elles ont moins d’égo, que la réussite de leur famille passe avant la leur, ou parce que nous sommes toujours dans une société patriarcale ?

Cela dépend des femmes, je ne sais pas si c’est vrai. En ce qui me concerne, si je ne m’épanouis pas dans ce que je fais, si je ne réussis pas ce que j’ai envie de faire et n’obtiens pas d’équivalences concrètes, si je n’arrive pas à me réaliser ou ne suis pas moi même, forcément je serai déçue. Donc je souffrirai.

 

Sur le net, je n’ai lu que des critiques positives sur votre livre, je ne peux pas imaginer une seconde que l’ancienne publicitaire que vous êtes n’ait pas eu une habile stratégie de lancement. Laquelle ?

Non, j’ai été timide, je me suis lâchée totalement sur le livre, mais pas lâchée en com. Volontairement, je me suis tenue sur la réserve parce que j’y parle beaucoup de Christian Boiron et de l’entreprise, j’avais besoin de sa bénédiction, car il ne l’avait pas lu. Maintenant je vais me lâcher parce que je vois qu’il peut aider les femmes, j’ai des retours tous les jours.

Je vais le faire connaître à des personnes plus efficaces, à des influenceurs.

 

Quelle dédicace avez-vous fait à Christian Boiron et que vous a-t-il dit après avoir lu le livre ?

Je me rappelle que je l’ai remercié, que je lui ai rendu hommage, mais pas de la phrase précise.

Hasard merveilleux ou clin d’œil du destin, Christian Boiron entre à ce moment dans le bureau et répond en direct live :

« Je lui ai dit qu’elle m’avait bluffé, je ne pensais pas qu’avec un temps aussi rapide et une espèce de tranquillité (elle ne s’est pas mis au vert pendant 3 mois pour l’écrire), elle ferait un bouquin qui n’est pas dogmatique et intéresserait autant les hommes que les femmes. On la retrouve totalement. Je me trouve mauvais à côté, pourtant je sais ce que c’est d’écrire, mais je rame. Elle a la forme, elle a la modernité. C’est un aspect de plus d’elle qui me fascine et que je ne connaissais pas ».

Diable !

 

Ce fameux 15 janvier 2001, quand vous êtes entrée dans son bureau pour lui dire vos incompréhensions sur l’entreprise, avec le recul, qu’est-ce qui vous en a donné la force, peu d'hommes en auraient eu le courage ?

Vous n’aviez pourtant pas lu votre livre …

Deux réflexions. On disait sur lui des choses inconcevables par rapport à un patron, que c'était un philosophe qui écrivait ses bouquins et n'était pas très ancré dans l'entreprise. Or mon intuition ne me disait pas ça, j’ai pensé que ne pouvais pas rester dans une entreprise où je ne me sente pas connectée.

Et puis, il y avait le projet de Christian « Que chaque médecin intègre l'homéopathie dans sa réalité quotidienne » et une réalité toute autre. Je venais du monde médical, je suis très à l'aise avec les médecins et je ne comprenais pas pourquoi Boiron ne l'était pas. Je ne me voyais pas rester dans une entreprise où je me sentais inconfortable, j'étais jeune, des amis m'attendaient dans une agence de pub, je pouvais faire autre chose.

 

Vous avez fait ce livre pour contribuer à changer la vie des femmes, mais a-t-il changé votre vie et le regard des hommes au sein de votre entreprise ?

Cela a d'abord changé le regard de Christian qui, comme il l'a dit, a découvert une autre facette de moi. Nous avons trouvé une complicité que l'on n'avait pas avant, car lui aussi a écrit.

Et puis je suis numéro 2, avec Philippe Gouret bien sûr, je le sais et je voulais montrer que je pouvais faire quelque chose toute seule, comme un numéro 1.

Pour mes collaboratrices aussi cela a été une grande fierté, et même si la fonction éloigne, tout le monde chez Boiron a pu un peu mieux comprendre la femme croisée tous les jours à la cantine et dans les couloirs.

 

Dans la publicité il y a quelques beaux exemples de réussite féminine à des postes de manager et à Lyon pas mal d’agences sont dirigées par des femmes. Pensez-vous que ce soit parce que l’intuition, le bon sens et l’écoute, des valeurs plutôt féminines, y jouent un grand rôle ?

Je n'aime pas trop les clichés. Pour diriger une entreprise quelle qu'elle soit il faut avoir de la vision, une certaine forme d'intuition, ce qui se travaille en allant chercher au fond de soi, mais surtout bien s'entourer, bien identifier les talents. Christian Boiron en est l'exemple même. Je connais beaucoup de chefs d'entreprise et il y a heureusement de plus en plus de femmes dans la communication et ailleurs.

 

Dans un an, Isabelle Kocher, mère de 5 enfants, sera la première patronne d’une entreprise du CAC 4O (GDF Suez) après avoir eu l’intelligence de refuser le poste chez Areva. C’est hautement symbolique parce que c’est une exception alors qu’aux USA Marissa Ann Mayer dirige Yahoo! et Virginia Rometty IBM, deux colosses.

Je vais très souvent aux États-Unis, j'ai interviewé Helena Foulkes, la patronne de CBS et ça a beaucoup intéressé les américains que je fasse un livre là dessus.

Ils n'ont aucun problème avec les femmes, j'y suis très bien accueillie et pour autant ils sont intéressés par le fait que les femmes prennent la parole sur le sujet.

 

L’homéopathie ce n’est que 0,1 % du marché des médicaments, vous avez donc encore une bonne marge de progression. Mais c’est aussi beaucoup d’interrogations sur son efficacité thérapeutique, comment la communication peut-elle vous aider à résoudre cet épineux problème ?

Dans la communication il y a plein de choses. D'abord nous, qui communiquons de façon différente selon les pays en terme de moyens, mais pas que nous, il y a plusieurs leviers. Nous sommes leader, pour moi le produit Boiron est son premier vendeur, je ne communiquerai pas sur un produit dont je ne suis pas sûre, s'il n'y a pas un intérêt pour le patient. Désormais je crois beaucoup, avec les outils nouveaux, à la capacité de faire du bouche-à-oreille, et aussi beaucoup aux relais d'influence comme les médecins.

 

Quelle est la cible la plus difficile à convaincre en France : les patients, les pharmaciens, la communauté scientifique ou les pouvoirs publics ?

Nous ne cherchons pas à convaincre, c'est notre état d'esprit. Nous sommes un laboratoire et fabriquons de la façon la plus rigoureuse possible, dans des réglementations de plus en plus strictes que nous aidons à construire dans chaque pays, des médicaments efficaces et utiles.

On nous reproche souvent de ne pas être assez présents auprès des médecins, il y en a 25000 en France qui préconisent peu ou prou l'homéopathie et nous n'avons que 78 visiteurs médicaux. Mais il faut que l'on soit là pour les accompagner, car il n'y a pas de chaire à la Fac, il faut que l'on soit le go between entre les écoles d'homéopathie et les médecins.

Le plus facile c'est le patient, car il n'a pas été préformaté par la Fac de Médecine.

Je suis maman, avant d'être chez Boiron j'avais des enfants avec de gros problèmes ORL et un beau jour mon médecin, que je voyais tous les mercredis, m'a dit qu'il ne pouvait plus les soigner et d'aller voir un médecin homéopathe.

Je me suis dit « super, ça marche » et je ne me suis pas posé de question.

J'ai une fille allergique à l'aspirine, j'ai été plusieurs fois à l'hôpital en urgence, je suis bien contente d'avoir 3 médicaments homéopathiques pour soigner sa fièvre.

 

Dans votre livre vous évoquez le bad buzz engendré par l’article d’un blogueur italien sur oscillococcimum (un produit que je connais bien et dont j’ai écrit le slogan) qui vous a obligé à être attentifs à vos relations avec la blogosphère.

Je remercie ce blogueur qui nous a permis de prendre en compte ce nouveau monde digital. J'ai tout de suite pris un compte Twitter et un compte Facebook et nous avons formé des gens en interne, Christian a rencontré des blogueurs en Italie, nous aussi. Sachant quand même que c'est compliqué, car nous sommes un médicament et que la communication va être immédiate, mondiale et indélébile.

 

Christian Boiron vous a désigné clairement comme son successeur, tout en précisant quand même que ni lui, ni vous n’étiez pressés... Que ferez-vous de ce pouvoir ?

C'est le conseil d'administration qui en décidera, mais je ne suis effectivement pas pressée, car nous avons la même vision de l'entreprise et de l'homéopathie avec Christian. Et lorsque nous ne sommes pas d'accord, ce qui arrive, cela nous fait avancer.

Si c'est mon chemin de vie, je ne voudrais pas l'avoir parce que je l'ai demandé, mais parce que Christian et le conseil d'administration pensent que je le mérite.

Je ne m'appelle pas Boiron, c'est plus facile pour moi de me lâcher quand je parle de l'homéopathie, je la défends bec et ongles et je mets mes tripes sur la table comme pour défendre mes enfants.

Si j'ai ce pouvoir, j'essayerais de donner le meilleur de moi même et, surtout, je veux lui faire franchir un nouveau cap, gagner des pays où nous ne sommes pas comme l'Asie. Marquer l'homéopathie à mon tour.

 

CONCLUSION

 

Si l'eau a de la mémoire, les gens se souviendront sûrement de son nom.

Compay Segundo, feu le chanteur cubain disait : « Un homme a réussi quand il a fait un enfant, écrit un livre et planté un arbre », toutes choses que Valérie a accomplies depuis bien longtemps. Il ne lui reste plus désormais qu’à entrer dans l’histoire.

Soit comme contributrice à l’égalité hommes/femmes (où la France n’est classée que 16e dans le monde), en ne doutant de rien pour que les femmes ne doutent plus de tout et surtout pas de leur talent, luttant comme un sacré type contre les stéréotypes.

Soit parce qu’elle aura encore su faire progresser la cause de l'homéopathie, à l'instar d'un Christian Boiron.

Je pense qu’elle est bien capable de faire les deux, à sa façon, avec ténacité, ordre et méthode. En notant comme moi toutes les idées qui lui viennent à tout moment sur un petit carnet et en sachant bien s'entourer.

Finalement en douceur, mais avec efficacité, comme agissent les millions de granules qu'elle produit à Messimy.