Georges CHAPUIS
| Non mais t'es qui toi ?
Khmer rouge créatif
le 18 Novembre 2015
Guillaume Pâris de Bollardière : sa particule est loin d’être élémentaire

 

 

Il a été élevé à l’ancienne, d’où vient donc ce goût étrange pour le nouveau Docteur Freud ? Car généralement, dans sa famille, on est général.

Son oncle est entré dans l’histoire en s’élevant courageusement contre la torture en Algérie, son grand-père a gagné ses galons en Indochine. 

 

Heureusement, tous les militaires ne sont pas uniformes, ce que nous rappelle la formidable réplique de Massu à De Gaulle : « Alors Massu, toujours aussi con ? » - « Oui, toujours Gaulliste mon Général !».

 

Comme Guillaume n’aimait pas particulièrement le képi ni le kaki, il a préféré une autre vision et endossé la veste du bon petit soldat de la cause écolo en espérant, tel Gainsbourg, qu’elle soit doublée de vison. Après un bac comptabilité, il a démarré un BTS de commerce international mais, enfant d’expatriés, il voulait d’abord voir du pays. Du coup, au lieu de servir dans l’armée, il a été serveur dans un restaurant de luxe à Sydney pendant un an, avant de rebondir, tel le kangourou, à l’Ecole de Commerce et de Développement 3A.  Diplôme en poche, il ne marchera pas non plus au pas dans les traces de Papa, qui a fait toute sa carrière et fini DG chez Descours & Cabaud. Désertant un destin trop tracé, Guillaume ne se voit pas rester enfermé dans la même boîte toute sa vie même s’il vient de créer la sienne,  transformant une passion en métier.

 

Son truc c’est le tag, à l’époque tous les jeunes entrepreneurs en quête de financement doivent faire le tapin auprès des investisseurs, il a certes choisi de faire le trottoir mais en version clean et classe, histoire de ne pas offusquer ses glorieux ainés.

 

 

 

INTERVIEW

 

Tu as créé ta boîte avec ton ami Tanguy Bard de Coutance alors que vous étiez encore étudiants. D’où vient l’idée, vous étiez dans la mouvance écolo ou vous l’avez piquée à l’étranger?

Nous faisions partie d’un collectif d’artistes grapheurs et nous cherchions un nouveau concept pour pouvoir communiquer dans l’espace public de manière légale et écologique, nous avons imaginé d’utiliser un Kärcher. Cette idée commençait à émerger aux Etats Unis et nous avons très vite compris que cela pouvait devenir un business, à la fois par le côté écologique mais aussi par le côté éphémère de la communication.

 

Comment vous répartissez-vous les tâches avec Tanguy ?

Lui c’est plutôt la locomotive, l’entrepreneur. Moi l’aiguilleur, le financier.

 

Vous êtes passés d’un positionnement d’agence de street-marketing à une régie d’espace, pourquoi?

L’aspect économique a primé. Notre business model était basé sur du one shot, une fois l’emplacement étudié et vendu à un client, c’était terminé. Nous nous sommes alors inspirés de Jean-Claude Decaux pour faire des études d’emplacements stratégiques et les commercialiser à la semaine.

 

Justement, Decaux lance un programme d’études et de data baptisé Smarter et proposer 50 000 emplacements qualifiés et géolocalisés. Qu’avez-vous comme aspérité qui s’en rapproche ?

Pour capter de gros clients sur de grosses campagnes nationales de marquage au sol, il fallait chiffrer l’audience potentielle de nos emplacements. C’est un travail que nous avons mené « conjointement » avec les services publics, qui mettent à disposition un certain nombre de données que nous traitons et gérons pour segmenter et chiffrer l’audience de nos emplacements.

 

Par rapport à l’évolution digitale de ton business, que peux-tu nous raconter d’intéressant ? 

L’idée est de faciliter la demande d’information. La digitalisation de notre activité passe par la digitalisation de notre offre et par un système d’optimisation de campagnes en fonction d’un certain nombre de critères que nos clients pourront faire directement en ligne pour avoir un devis en deux minutes. 

Nous avons déjà développé une application, utilisée pour le moment uniquement en interne, permettant de gérer toute la logistique et d’optimiser toutes nos tournées et tous nos déplacements, d’avoir du reporting en temps réel. Nous avons décidé d’investir pour développer une version bêta avec une interface client en plus.

 

Quels sont vos clients, des annonceurs locaux ou nationaux ?

50/50 avec 70 % de clients directs et un réseau de distributeurs et prescripteurs (agences de communication, agences médias).

 

Quelle est votre dernière grande action ?

En mai dernier, nous avons fait une campagne dans 30 villes pour Hop! la filiale d’Air France, qui leur a valu une récompense nationale.

Chauffeur-Privé vient de se lancer à Lyon avec une offre adaptée à notre support et a pris tous nos emplacements.

 

Qu’est-ce qu’ils viennent chercher chez vous, un alibi écolo ou un vrai support ?

Un peu des deux. De plus en plus de clients recherchent des supports à moindre coût environnemental, mais nous mettons davantage en avant notre capacité de ciblage par rapport aux médias traditionnels à grande ou moyenne échelle. Nous pouvons cibler à l’échelon national une typologie de clientèle, ou à l’échelon global une zone de chalandise, certains arrondissements ou certains modes de transport. Une partie de nos clients va essayer d’analyser la performance de nos supports, comme Chauffeur-Privé qui a un code promotionnel par média. 

Enfin, beaucoup de clients reviennent après une opération test.

 

Vous êtes dans une niche mais vous n’êtes pas seuls, qu’est-ce qui vous différencie vraiment de vos concurrents ?

Nous avons commencé pratiquement en même temps qu’eux sur le modèle de l’agence de street marketing, il y a deux ans nous avons fait ce gros travail d’analyse et de collecte de données pour évoluer vers la régie d’espaces publicitaires. Eux sont restés sur le modèle de base, du coup sur les projets majeurs nous sommes de moins en moins en concurrence. La technique de base reste la même, mais notre prestation est très différente car nous incluons des chiffres, des questionnaires, du reporting, du SAV. Nous entretenons et refaisons nos marquages.

 

Comment allez-vous améliorer encore votre offre ?

L’idée c’est d’apporter encore plus de données. Aujourd’hui nous en avons un paquet que l’on a traitées et que l’on sait gérer, nous allons développer l’aspect qualitatif de nos opérations, qui on touche et où.

 

Comment et qui prospectez-vous ?

Etant donné notre jeunesse, la base notre stratégie a été de tisser des liens dans un réseau de prescripteurs. Nous prospectons de plus en plus d’annonceurs en direct, en visant ceux qui touchent le grand public.

 

Votre projet a été repéré et soutenu, vous avez eu le prix de l’innovation au Printemps des entrepreneurs et été lauréats du Prix innovons ensemble au Moovje en 2014. Cela vous a-t-il amené du pognon ou des contacts ?

Nous avons eu un chèque du Moovje mais nous n’avions pas concouru pour ça et il a été immédiatement réinvesti dans la société, c’était surtout pour avoir du coaching et vous y êtes d’ailleurs notre mentor.

Au Printemps des entrepreneurs il n’y avait pas de chèque, mais nous avons eu une adhésion au Medef et à tous les services qu’il propose, notamment Activ’entreprendre, avec comme parrain Benoît Soury manager de La Vie Claire qui nous suit toujours.

 

Nous sommes dans une « start-upisation » de la société, de quoi un jeune entrepreneur a-t-il le plus besoin aujourd’hui ?

A mon sens du réseau et d’un soutien moral car ce n’est pas facile tous les jours. 

En tant que patron, il n’y a personne au-dessus pour me mettre des coups de pied aux fesses, heureusement le sport me permet de faire sortir toute cette pression qui s’accumule, mais j’ai aussi besoin du soutien de ma famille et de mes proches. 

 

Dans ma précédente rubrique, Fabienne Billat me parlait des seuils de financement, comment vous situez-vous ?

Nous avons déjà utilisé plusieurs leviers, notamment des financements publics et bancaires pour lever un peu plus de 200 000 euros. Nous avons des besoins de financement énormes sur les 3 ou 4 prochaines années, de l’ordre de 700 000 à un million d’euros, c’est plus difficile à lever dans un métier traditionnel avec une innovation de rupture que dans le numérique, et l’aspect législatif peut freiner certains investisseurs. La vraie difficulté n’est pas d’avoir de l’argent car il y en a beaucoup, mais la bonne personne qui va apporter plus que de l’argent.

 

Le clean tag, simple effet de mode ou fait de société durable ?

J’y crois à 100 %. Oui nous faisons de la publicité, oui nous sommes sur de la privatisation d’espace public, oui il y a saturation des espaces publicitaires, mais nous avons l’avantage d’avoir un support qui est réellement écologique. Les coûts environnementaux d’impression des supports classiques sont faramineux, alors qu’avec un pochoir nous faisons entre 100 et 200 marquages, c’est ce que nous disons aux collectivités. Notre activité est organisée, ce n’est pas de l’affichage sauvage et, en plus, nous rendons la publicité accessible aux petits annonceurs comme les commerçants locaux grâce à un système d’abonnement. 

 

Quelle est votre couverture actuelle ?

Nous pouvons développer une communication nationale à partir de 6 plateformes équipées: Paris, Lyon, Bordeaux, Nantes, Metz et Toulouse. 

Nous l’avons fait et mis en place en 4 jours dans une trentaine de villes pour Air France.

 

Quelle est votre ambition, vous développer en Europe et si oui comment ?

Nous avons toujours voulu gérer en propre dans les villes à fort potentiel. Il y a déjà des pays dans lesquels notre activité existe, mais pas comme nous la pratiquons, il y a donc un coup à jouer vite, c’est aussi pour cela que nous cherchons des financements.

 

Si demain matin la famille Decaux débarque avec un gros chèque, vous vendrez ?

Sûrement pas demain, c’est prématuré. Mais nous les avions rencontrés à une conférence interMédia et nous ne serions pas contre une prise de participation de leur part dans les années à venir (message envoyé !).

Nous avons cette année une belle croissance, avec un CA doublé par rapport à l’année dernière et une vitesse de croissance qui nous rend optimistes.

 

 

Conclusion

 

Il n’entrera peut-être pas dans l’histoire tel son oncle mais il écrit la sienne et aura entamé sa guerre économique armé pacifiquement d’un simple Karcher, balayant les vieilles idées et intégrant à fond la révolution digitale, ce qui lui permettra j’espère de récolter des fonds

Il fait partie, comme Jonathan Chetail, de cette race de jeunes entrepreneurs qui n’a peur de rien, sait qu’elle doit « fabriquer » son métier au lieu de simplement en chercher et va revitaliser notre vieux pays par la fraîcheur de sa vision, son énergie et son enthousiasme. Toujours à l’affut d’un conseil ou d’un partage d’expérience avec un ainé.

 

Cela réchauffe mon vieux cœur et je ne mens pas en disant que je ne regrette pas d’être son mentor.

 

 

[Note de la claviste : c'est touchant ce final, j'ai failli écraser ma petit larme]