Valérie Desgrandchamps
| RP, les défauts de leurs qualités (et vice-versa)
Attachée de presse
le 3 Avril 2018
Éloge du bon vieux dossier de presse

[Night Shift – NBC]

 

DANS LES MÉDIAS, on assiste depuis plusieurs années à une réflexion et à des expériences intéressantes sur la notion de « slow press » : des contenus plus développés, des formats plus étendus, des choix resserrés, des rythmes plus lents pour documenter, écrire et lire.

 

C’est une tendance, marginale, mais réelle, que l’on observe dans d’autres activités humaines — slow food, slow life, etc. — et qui est indissociable de l’évolution numérique des sociétés. Un contrepoids, un positionnement « concurrentiel » pour ne pas se contenter de courir après ce qui est irrattrapable. 

Dans mon métier des relations presse, je ne suis pas certaine pourtant que cette tendance y ait trouvé pour l’instant un large écho. Je lis plus souvent des constats voire des injonctions contraires : un tweet plutôt qu’un communiqué, un motion design plutôt qu’un dossier de presse papier, etc.

Je pense pourtant que des outils de l’Ancien Monde peuvent cohabiter sans complexe avec ceux du Nouveau Monde, les uns augmentant mutuellement l’efficacité des autres.

 

Prendre le temps de rédiger

 

Réaliser par exemple un dossier de presse consistant — c’est-à-dire informatif, riche, structuré, bien écrit, ayant fait l’objet de plusieurs allers-retours, corrections, vérifications — ne doit pas faire craindre d’office une indigestion.

C’est précisément parce qu’il faut un certain temps pour construire et finaliser un bon DP que cela reste il me semble l’outil de base le plus précieux à la bonne intelligence des relations presse. Pour l’entreprise et le rédacteur, il oblige à poser toutes les questions, à trouver et formuler les réponses, à établir une relation logique (et pas seulement à raconter une histoire), et à remettre parfois en question des certitudes ancrées dans des habitudes, l’approximation ou le discours convenu.

 

Les journalistes ne sont jamais découragés par un dossier de presse consistant (sauf s’il est bavard, mal fichu… et inconsistant). Ils peuvent même risquer de prendre un peu de temps pour le parcourir et y trouver une info, une idée de sujet qui n’aurait pu naître sans le travail de fond et de rédaction réalisé parfois plusieurs semaines avant diffusion. C’est aussi ce travail qui permet à un attaché de presse de savoir précisément de quoi il parle face à des journalistes compétents.

C’est dans un bon dossier de presse que les métiers de la communication et du marketing peuvent venir puiser une matière « pour pas cher », et qu’ils sauront activer et ajuster à notre monde digital.

 

L’éloge de la lenteur dans les RP peut s’appliquer à bien d’autres outils, actions et situations. Même quand ça presse de toute part, comme en situation de crise.