Débloque-Notes
Jacques Simonet
Directeur d'InterMédia
le 16 Mai 2016
Quand Siné débloquait grave

J’en apprends de belles en parcourant la nécrologie du dessinateur Siné, récemment décédé. Je connaissais ses relations houleuses avec les directeurs de journaux, ses innombrables procès en diffamation, mais j’ignorais qu’il avait fabriqué de faux papiers, de même qu’il avait trafiqué de faux tickets de rationnement pendant la guerre.

 

Mais le pire c’est qu’il serait l’inventeur du « Débloque-Notes ». Si j’en crois l’article de François Marmande dans Le Monde du 7 mai, Siné avait en effet transformé « le Bloc-notes de François Mauriac en débloque-notes ». J’imagine que le jeu de mots était désobligeant dans l’esprit de ce « redoutable anarchiste, anti-flics, anti-curés de toutes les religions » qui ne devait pas apprécier les billets d’humeur du très catholique prix Nobel de littérature.

 

Quand j’avais eu l’idée, il y a une dizaine d’années, de nommer Débloque-Notes cette chronique — qui ne me vaudra aucun Nobel, même pas de déblocage —, j’avais pourtant pris la précaution de chercher si ce titre n’avait pas d’antécédent.

 

Le plus amusant c’est que l’idée de débloquer un peu sur tous les sujets qui me passaient par la tête venait de mes souvenirs d’adolescence quand je lisais chaque semaine avec délectation le... Bloc-notes de François Mauriac.

 

 

Comment s'habillent les politiciens auvergnats.

 

Mais laissons la Ve République et les années 60 pour la IIIe et les années 30. Depuis quelques jours, je parcours les Mémoires d’un lion de Marcel Bleustein-Blanchet.

 

Le publicitaire qui était à l’époque un patron de radio influent (avec Radio Cité, une sorte d’ancêtre d’Europe 1) y raconte ses débuts dans la vie qui lui valurent de faire la connaissance de Pierre Laval, « un des monstres sacrés de la politique française ».

Il faut dire qu’à l’époque Laval n’avait pas encore été condamné à mort pour collaboration, sinon le jeune Marcel Bleustein d’origine juive et devenu par la suite résistant sous le nom d’emprunt de Blanchet aurait sans doute eu quelques préventions à son égard. 

Bref, le ministre était encore socialiste ce qui ne l’empêchait pas d’être aussi un redoutable homme d’affaires — et d'ailleurs propriétaire de Radio Lyon.

 

Pierre Laval arborait en toutes saisons et quelles que fussent les circonstances une surprenante cravate blanche qui intriguait le jeune Marcel.

« Je me suis enhardi un jour à lui demander pourquoi il avait choisi de porter une fois pour toutes cet attribut vestimentaire.

— Parce que si vous voulez qu’on vous remarque, vous devez choisir un signe distinctif et ne plus en changer.

Ce qui tend à prouver qu’il aurait fait un bon publicitaire » conclut le fondateur de Publicis.

Laurent Wauquiez, autre homme politique auvergnat, devait connaître l’anecdote quand il a résolu de s’affubler d’une parka rouge devenue tout aussi célèbre. 

 

Je n’en tire aucune conclusion sur l’avenir de Laurent Wauquiez.