Débloque-Notes
Jacques Simonet
Directeur d'InterMédia
le 29 Décembre 2017
En mode charrette

 

Depuis le temps que j’entendais les créatifs parler de leurs « charrettes », je me demandais quelle carriole avait pu donner naissance à cette expression étrange. En admettant qu’il s’agisse d’un de ces véhicules qui ont depuis longtemps déserté nos rues.

 

C’est par hasard que j’ai découvert enfin la clé de l’énigme. En lisant… Zola.

Plus exactement l’un des 20 tomes des Rougon-Macquart : L’Œuvre. Un roman assez noir qui se situe dans l’univers des peintres et sculpteurs parisiens. 

Un vrai reportage sur le monde et le marché de l’art au XIXe. Et c’est justement de cette époque, soit quelque 150 ans, que date l’expression. Je doute que beaucoup de publicitaires du XXIe connaissent l’origine de ce synonyme de nuit blanche nécessitée par un travail en retard qui doit être livré le lendemain à un client impatient. 

 

La charrette en question était celle des étudiants en architecture des Beaux-Arts à Paris. Toujours à la bourre pour rendre leur travail de fin d’études : un tableau. La dernière nuit se passait en commun et il fallait affréter une charrette à bras pour faire le tour des ateliers et ramasser les châssis, au petit matin, afin de les porter dare-dare à l’École des Beaux-Arts avant l’heure limite de réception des travaux. On disait « être en charrette » .

Aujourd’hui, on dit plutôt « être en mode charrette ».

 

 

En mode vernissage.

 

C’est également en lisant L’Œuvre que j’ai enfin compris pourquoi on parle de vernissage quand on évoque l’inauguration d’une exposition artistique. Alors que je n’ai jamais vu quelqu’un vernir des oeuvres ce jour-là.

Plutôt des pique-assiette se goinfrer aux frais des galeries.

 

Sauf qu’au XIXe siècle on vernissait vraiment les tableaux. Cela permettait d’accélérer le séchage d’œuvres généralement terminées très récemment. Et puis le rendu était plus flatteur. La pratique est aujourd’hui abandonnée. 

À l’époque des grands salons parisiens, très courus au XIXe, le vernissage était la journée précédant l’ouverture au public. L’opération était en effet pratiquée au dernier moment, une fois que les œuvres sélectionnées par le jury étaient accrochées (voir ci-joint une gravure d’époque).

 

Ce jour-là, c’était la fête pour ne pas dire la foire. Souvent très arrosée. Tous les artistes se retrouvaient dans la fièvre que vous imaginez en présence de leurs copains, de leurs compagnes pas toujours légitimes et de toute une faune de personnages pittoresques qui gravitaient dans cet univers : critiques, collectionneurs, demi-mondaines…

Déjà pas mal de pique-assiette donc.

 

Pour s’éclairer sur notre présent, rien de tel que les romans du passé.