Débloque-Notes
Jacques Simonet
Directeur d'InterMédia
le 18 Novembre 2018
À l’heure des Chief Niaiseries Officers

 

 

Adepte d’un management traditionnel (manque d’imagination sans doute), j’ai toujours un peu de mal avec toutes ces techniques de management à la mode qui ont au moins l’avantage de créer des emplois de consultants et d’enfumeurs (parfois les mêmes). 

Bienvenue dans le monde des Chief Happyness Manager. Grâce à eux, on passe de « Le travail rend libre » à « Le travail rend heureux » (sauf si le salarié est con, ça arrive aussi, il ne faut pas se voiler la face). 

Cependant, la mode qui, par définition, se démode finit toujours par revenir à son point de départ. Mon idée c’est qu’on peut sauter les étapes intermédiaires pour gagner du temps. En fin de cycle, ceux qui n’ont pas bougé apparaissent comme des précurseurs. Je sens que mon avenir est devant moi. 

 

La coolitude des start-up.

 

Enfin c’est ce je croyais jusqu’au moment où j’ai lu Bienvenue dans le nouveau monde

Il faut dire que dès qu’il est question de start-up ma méfiance monte d’un cran. Si vous êtes comme moi un peu bloqué sur les innovations managériales à la noix, vous passerez un bon moment avec ce livre de Mathilde Ramadier.

J’ai découvert cette Valentinoise de 29 ans partie s’éclater (d’abord dans le bon sens, ensuite dans le mauvais) dans les start-up berlinoises à la lecture d’une interview dans Mag2 Lyon d’octobre. Après avoir publié une BD désopilante sur « Berlin 2.0 », elle aggrave son cas avec un livre de témoignages très cru où elle explique « comment j’ai survécu à la coolitude des startups ». Je me suis empressé de l’acheter.

 

En mode facho.

 

Je dois dire que le récit est assez hallucinant. Dans ce monde « l’hypocrisie et l’infantilisation permanentes donnent lieu à des situations de flicage malsaines et humiliantes, puis à une sclérose abrutissante dans des univers brumeux d’éternels adolescents. » Et c’est du vécu, pas un ouvrage de sociologue.

Au début, on se marre et on compatit sur tous ces pauvres bougres. On se demande comment des dirigeants ont pu inventer des pratiques aussi perverses pour exploiter leurs salariés (dans la joie et la bonne humeur, sans oublier le baby-foot). Même les fascistes ne sont pas allés si loin dans la manipulation des gens.

Et puis soudain, c’est la révélation : le dirigeant que je suis se dit que c’est quand même un chouette manuel de bonnes pratiques. Le management traditionnel m’apparaît soudain gnangnan et très perfectible. Il serait peut-être temps de me mettre à la page.

Bezos ! Bezos ! Je me prosterne : tu es notre nouveau Messie.