Débloque-Notes
Jacques Simonet
Directeur d'InterMédia
le 14 Janvier 2019
Disparition d’un phénomène des médias

 

 

Le Lyonnais Florent Dessus, éditeur du mensuel Vox, est décédé en décembre. Crise cardiaque.

Une disparition qui n’étonnera pas ceux qui savaient qu’il menait une vie trépidante et décousue. Après une opération à cœur ouvert, on pouvait s’attendre au pire. Sa disparition plonge de nombreuses personnes dans l’affliction, car il était un bon compagnon.

C’était le dernier des Mohicans de cette presse d’avant internet où on passait plus de temps à table et au bistrot avec ses informateurs que devant son écran à attendre les communiqués.

 

Journalisme et politique.

 

Débutant au Journal Rhône-Alpes, Florent Dessus avait longtemps travaillé dans la presse quotidienne lyonnaise où sa gouaille mettait une belle animation. Malgré ses airs dilettantes, il avait des ramifications partout et rapportait au journal plein d’informations.

Joyeux fêtard (une bonne façon d’avoir des scoops) il avait monté une confrérie vineuse, les Boyaux rouges, qui était surtout l’occasion de mémorables beuveries. Le jour où j’avais été intronisé au milieu de journalistes, patrons de PME et autres personnalités locales, tous ces braves gens finalement ronds comme des queues de poêles avaient terminé la soirée en chantant une vibrante Internationale. Heureusement il n’y avait pas encore de smartphones.

Franc-maçon, il s’était aussi mêlé de politique… dans un style très personnel. Devenu l’improbable président du Parti Radical à Lyon, il avait transformé la section d’Édouard Herriot en un gentil foutoir. Le happening était permanent comme cette rencontre avec la Cicciolina qui était tombée sous le charme de celui qu’elle avait surnommé le Cicciolino Dessus.

Ce parti qui avait fait les beaux jours de la politique lyonnaise pendant près d’un siècle ne s’en est jamais vraiment remis.

 

Un improbable quotidien.

 

Sur le plan journalistique, le climax de sa carrière aura été le lancement de Métro-Lyon avec Patrick Deschamps (Lyon Poche). Comme ce journal local ne marchait pas très fort, les deux protagonistes avaient décidé — sans doute un soir de repas bien arrosé — de le transformer sans coup férir en quotidien. Avec sept journalistes dont Michel Texier, c’était une gageure. 

Pendant trois mois ils ont réussi à sortir 7 jours sur 7 un journal complet à défaut d’être très abouti. Les abonnés qui avaient eu la surprise de recevoir du jour au lendemain un quotidien inattendu, ne furent pas moins surpris de le voir revenir du jour au lendemain à une formule hebdomadaire plus raisonnable. Il survécut encore quelques mois.

Ne pouvant rester sans rien faire, en 2007 Florent Dessus avait lancé Vox Rhône-Alpes. Il lui a permis de faire de la presse à sa façon mêlant bons papiers, ressucées de communiqués et retours d’ascenseur. Avec une bande d’anciens journalistes qui n'hésitaient jamais à reprendre du service pendant leur retraite, il lançait d’éphémères supports. Ainsi pour la seule année 2013, je relève dans les archives d’InterMédia la création du Métropolitain (un gratuit diffusé à 100 000 exemplaires sur Lyon-Saint-Etienne), La Gazette Franco-Turque (il avait des amis partout) et Coeur2Lyon (un gratuit consacré au 2e arrondissement). Je me souviens aussi d’un journal sur la logistique industrielle (diffusé à 30 000 exemplaires sur 50 plateformes en France).

 

Ambitions internationales.

 

Surtout, on ne comptait plus les éditions de Top, un trimestriel qui mettait en avant les patrons qui réussissent. Il l’avait habilement couplé à un Prix récompensant les leaders économiques locaux, préfigurant ainsi les Prix du Progrès.

Au trimestriel Top Rhône-Alpes étaient venus s’adjoindre Top PACA, Top Auvergne, Top Languedoc-Roussillon, Top Bourgogne et Franche-Comté, Top Poitou-Charentes… L’objectif était, j’imagine, de lancer un jour Top France sur le modèle du concours Miss France.

Mais la France était justement un peu étroite pour ses ambitions. Il avait résolu d’étendre la formule à d’autres pays comme Israël, le Portugal et la Roumanie. Il préparait dernièrement un lancement au Togo. 

 

Lui seul pouvait s’y retrouver dans ce capharnaüm qui comptait plus de dettes fournisseurs (souvent des amis compréhensifs) que de revenus. Autant dire que personne ne prendra sa succession.

On souhaite bon courage au liquidateur.

 

Et Florent Dessus va bien nous manquer.