Débloque-Notes
Jacques Simonet
Directeur d'InterMédia
le 14 Janvier 2019
Ceux qui ne plient JAMAIS

 

 

Excellent documentaire, en salles, sur Miyazaki, le géant de l’animation : Never-ending man. 

 

Papy fait de la dépendance.

 

En 2013, à 73 ans, le réalisateur du Voyage de Chihiro, de Mon voisin Totoro, de Princesse Mononoké… annonce à la presse incrédule sa retraite. Le mythique studio Ghibli est fermé. Un réalisateur de la télévision nippone va suivre le Maître pendant deux ans.

Miyazaki remplit mal le vide de la retraite. Il s’ennuie en parlant sans cesse de la mort et projette de faire un court métrage pour s’occuper. Sauf que quand cette machine créative est lancée on ne l’arrête plus : Boro la petite chenille va naître. 

 

Pas besoin d’une grande équipe pour cette ultime production. Miyazaki se met en cheville avec un studio digital. C’est l’occasion de s’initier aux nouvelles techniques. La confrontation entre le dessinateur et les as de la 3D est savoureuse.

 

La chenille et le stylet.

 

Au début, tout va bien. Le vieux est à l’écoute et apprend humblement. En échange, il apporte sa science du scénario à des jeunes déférents avec le Walt Disney japonais. Miyazaki s’émerveille des prouesses de l’ordinateur. Sauf que… le résultat n’est jamais à la hauteur de ses exigences.

Jolie séquence où le cinéaste aux nombreux pris (1 Oscar) explique pourquoi il faut rallonger les poils de la petite chenille à un graphiste un peu fermé à ces subtilités. « Seuls les enfants le verront », concède Miyazaki. Mais on comprend qu’un chef-d’œuvre est à ce prix. À la fin, il n’en peut plus de toutes ces explications et s’empare du stylet et de l’écran.

 

Mais il faudrait des mois d’apprentissage. Retour aux crayons et aux calques. De dessin en dessin, le projet devient envahissant. Finalement, il rouvre les studios Ghibli pour un dernier long métrage à l’ancienne. Qui sortira en 2019.

 

Baby fait de la dissidence.

 

Les vieux génies sont têtus. Les jeunes aussi comme Jean-Michel Basquiat qui meurt à 28 ans.

 

Le « radiant child » de l’underground n’a pas le style de Walt Disney. Pourtant ses amis comme Keith Haring ou Andy Warhol trouvent parfois sa démarche un peu datée. 

Sa copine Madonna le rabroue un soir :

« Tu nous emmerdes avec tes pinceaux et tes tubes. On dirait Toulouse-Lautrec. 

—  Un nain qui avait plus de talent que toi » rétorque-t-il (Eroica de Pierre Ducrozet - Actes Sud).

 

L’auteur du livre décrypte sa démarche : « Il est l’enfant de Van Gogh, de Matisse, de Picasso. Il prépare des solutions dans des boîtes en fer qu’il applique ensuite en formes sur une toile tendue ou une planche de bois. À l’heure de Bill Gates et des microprocesseurs ! De la 3D ! Cet homme est fou. Parfois, il peint même des figures. Après Malevitch, Pollock, après Auschwitz ! Cet homme n’est pas d’ici ».

 

Mais en 2017 une de ses toiles a dépassé les 100 M$.

En janvier 2019 la Fondation Vuitton l’expose.